1 mars 2008
http://www.lemensuel.net/2008/03/01/quand-l’urss-fascinait-les-architectes-francais
Quelle est la vraie morale du conte du petit chaperon rouge ? C’est d’avoir été fasciné par le loup - et de l’occulter. Les architectes français ont connu un réflexe similaire devant l’œuvre de leurs confrères d’Union Soviétique(1) . Pourtant, peu ont affirmé en public leur intérêt pour ce qui se bâtissait à Moscou, Stalingrad, Odessa…
Divers préjugés ont masqué l’importance des contacts entre les deux cultures : en 1931 le concours du Palais des Soviets aurait soi-disant détourné de l’URSS les architectes européens ; le Rideau de Fer après 1945 aurait empêché les échanges, réduit l’URSS à l’autarcie culturelle.
En fait, le Palais des Soviets a intrigué les architectes du temps, de Lurçat en France à Piacentini en Italie. Malgré la guerre froide les revues françaises ont continué à écrire sur la Reconstruction des villes soviétiques. Les architectes des gratte-ciel staliniens n’ignoraient pas la modernité d’Aalto, de Van der Rohe. Parfois des artistes a priori peu acquis au communisme connaissaient bien l’étrange monumentalité néo-académique, dominante dans l’URSS de Staline. Citons le Prix de Rome Emmanuel Pontremoli invité à Moscou en 1937, l’architecte des Monuments Historiques Jean-Pierre Paquet présent en URSS en 1936, Georges-Henri Pingusson et Pierre Vago qui voyagèrent à Moscou en 1932, les urbanistes Jean Walter et Maurice Rotival, parmi d’autres(2) .
L’URSS intéressait, était même citée en exemple. Ainsi Albert Laprade écrivait en 1933 :
« Les architectes iront chercher leurs inspirations sur l’Acropole. On rivalisera entre Moscou, Berlin, Rome et Paris, d’élégance, de noblesse, de classicisme. Le mouvement est d’ailleurs amorcé en Russie depuis trois ans, en Allemagne depuis deux ans et en France depuis six mois. ((Beaux-Arts, Paris, mai 1933.)) »
Certains bâtisseurs français ont voulu promouvoir les contacts entre les deux pays. Emile Maigrot, président de la Société Centrale des Architectes, organisa en 1935 un important voyage de soviétiques à Paris, dont Viktor Vesnine, Alekseï Chtchoussev, Boris Iofan, Nikolaï Kolli, David Arkine, Andreï Burov, Karo Alabian, Aleksandr Vlassov. Tous participeront activement aux relations France-URSS. Soucieux des organisations professionnelles, Maigrot déclara à Arkine :
« Vous avez dit, mon cher confrère, qu’il n’y avait, en URSS qu’une seule organisation d’architectes. Permettez-moi de vous dire que c’est un beau rêve que nous faisons en France. Nous n’y sommes pas encore parvenus(3) . »
Trois architectes français majeurs furent directement sollicités par l’URSS : Auguste Perret, Le Corbusier, André Lurçat.
Perret et Le Corbusier proposent chacun un projet pour le Palais des Soviets en 1931. Or le travail de ces deux rivaux intéressa peu les soviétiques. Perret ne prit pas ombrage de son échec et resta en correspondance avec Alabian, l’incontournable secrétaire de l’Académie soviétique d’architecture. Le Corbusier construit à Moscou à partir de 1927 l’important immeuble du Centrosoyouz. Lurçat est le seul à s’installer en URSS, où il travaille de 1934 à 1937. Son départ est dû au chômage endémique touchant les architectes après la crise de 1929, et aussi motivé par une réelle foi communiste. Intégré dans l’atelier du constructiviste Daniil Friedmann, Lurçat participe au concours pour l’Académie des Sciences de l’URSS - qu’il perd face à Chtchoussev, le créateur du Mausolée de Lénine(4) . A Moscou Lurçat dessine des projets d’écoles ou d’immeubles d’habitation, et sa principale réalisation est le siège du Combinat des viandes. Mais, effrayé par les purges de 1937, il choisit de retourner à Paris. Lurçat resta malgré tout en contact avec Arkine, Alabian, Pavel Abrossimov. Grâce à la documentation qu’ils lui fournissent, Lurçat écrivit plusieurs articles capitaux sur l’architecture soviétique, se présentant auprès des milieux communistes français comme le porte-parole officieux de l’architecture d’URSS. Son engagement lui valut de revenir à Moscou en 1957, comme invité officiel comblé d’honneurs ((Moscou, RGALI, Fonds 674 opis 3 dossier 338, interview d’André Lurçat par Abrossimov, Moscou 1957.)) …
La guerre interrompt les contacts, mais dès la Libération les revues françaises diffusent les projets de Reconstruction que l’URSS a commencé à dresser dès 1942, sur Stalingrad, Sébastopol, Novorossik… Entre 1945 et 1949 La Construction moderne publia une dizaine d’articles sur le renouveau des villes soviétiques, spécialement Stalingrad. Membre du comité de rédaction de cette revue, Perret fut en fait l’architecte français le mieux renseigné sur le travail de ses confrères soviétiques.
La reconstruction du Havre lui permit de réaliser son goût pour les axes de compositions transversaux. Ses projets de 1931 de la Porte Maillot et du Palais des Soviets, sont ainsi adaptés dans le triangle Porte Océane/Hôtel de ville/Place Gambetta. Quant au principe des avenues scandées par de hautes tours en retrait des places, l’idée apparaît chez Donat-Alfred Agache pour sa restructuration de Rio de Janeiro en 1926. Agache visita l’URSS en 1932, et le soviétique Iouri Emelianov s’inspira de son projet brésilien pour son ensemble de l’avenue Koutouzov, réalisé à Moscou en 1937. Au Havre, Perret synthétisa les expériences de Rio et de Moscou, les adaptant à son usage du béton armé.
Pour le Monument aux Morts de 1914-1918 Perret imagina un portique enveloppant la statue subsistante et en soulignant l’élan ((Centre d’archives de l’Institut Français d’Architecture, fonds Perret frères n°175 Ifa, dossier Le Havre.)) . Ce projet inabouti révèle une proximité frappante avec le Pavillon soviétique de Iofan à l’Exposition de Paris 1937. Perret avait loué ce bâtiment comme « une vraie œuvre d’art(5) », éloge rare tant il évitait de se prononcer sur ses contemporains. Chez Iofan comme chez Perret l’architecture devient un socle pour la statuaire monumentale, les silhouettes semblant se répondre dans leur lyrisme.
A Rouen Pingusson s’inspira des études de Burov sur la préfabrication d’immeubles d’habitation de moyenne envergure. Présent en URSS en 1932 Pingusson a repris en 1945 au soviétique la sérialisation appliquée à une trame classique. A Nantes et St Nazaire Michel Roux-Spitz recréa une monumentalité traditionnelle déjà anachronique pour la France de 1950, dont le style s’avère proche des travaux contemporains de Gelfreich et Minkus en URSS. D’ailleurs l’ingénieur français Bernard Lafaille interviewa avec ferveur ces deux architectes qui érigeaient alors le superbe gratte-ciel du MID à Moscou(6) .
Le cas de Jacques Carlu est l’un des plus inattendus. Architecte du très officiel Palais de Chaillot, il n’a jamais voyagé en URSS et ne s’est jamais exprimé sur l’architecture soviétique. Il n’eut également aucun lien avec le Parti Communiste Français. Son Palais de Chaillot était apprécié en URSS : Lev Roudnev s’en inspira largement, presque jusqu’au mimétisme, dans son premier projet du Soviet de Stalingrad en 1944. La boucle des inspirations croisées fut bouclée vers 1950 lorsque Carlu s’inspira à son tour de l’architecture soviétique en dessinant une étude pour un siège de parti communiste(7) . Ce curieux projet montre des blocs de bâtiment en forme de faucille et marteau monumentaux, encadrant une colossale statue ressemblant fort à Staline…
Ici Carlu paraît nostalgique de la grandeur classique qui fut sa marque de fabrique vers 1930, esthétique que seule l’URSS perpétuait encore en 1950. Il est savoureux de voir que Carlu réalisa une dernière fois son talent pour la monumentalité épurée, non dans ce siège de parti communiste, mais en 1954-1959 dans son Palais de l’OTAN.
Enfin, au Congrès de l’UIA à Moscou en 1958 les jeunes Claude Parent et Michel Marot furent parmi les architectes qui critiquèrent le plus le néo-académisme soviétique, désavoué depuis la déstalinisation de 1956. Leurs discours(8) marquait la fin d’une esthétique, comme l’avoua Alabian lui-même, qui, après avoir été le grand prêtre du néo-académisme, en entonnait le Requiem devant la communauté internationale des architectes. Et cependant Parent et Marot éprouvaient une certaine fascination pour les gratte-ciel staliniens, parlant à leur propos de « collier de cathédrales ». Ainsi l’architecture d’URSS, décriée ou admirée sous les yeux des observateurs français, commençait déjà à devenir un mythe.
L’Institut du Patrimoine du Québec (Canada), dans le cadre de la troisième rencontre internationale des chercheurs en patrimoine tenue à l’Université de Rennes II, va prochainement publier l’article de Fabien Bellat « Place Rouge et URSS, patrimoine et propagande ».
Notes
1. Le format de cet article oblige à la concision. On trouvera un approfondissement du thème dans mon doctorat : Fabien BELLAT, France-URSS Regards sur l’architecture (1931-1958), Université de Paris X Nanterre, 2007, sous la direction de Paul-Louis Rinuy.
2. Cf. Moscou RGALI (Archives d’Etat Russes pour la Littérature et les Arts) Fonds 674 opis 2 dossier 21 : correspondances (1932-1937) de l’Académie d’Architecture Soviétique avec les architectes français.
3. In L’Architecture, Paris, décembre 1935.
4. Les projets de ce concours sont conservés à Moscou, au Musée Chtchoussev d’Architecture.
5. In La Construction moderne, 8 août 1937
6. In France-URSS, Paris, juin 1952, article « En arrivant à Moscou je me demandais : l’architecture en URSS est-elle une profession libérale » Lafaille s’inspira peut-être des travaux de Gelfreich et Minkus sur la structure métallique de la tour du MID pour ses calculs de la structure de l’unité d’habitation de Nantes de Le Corbusier…
7. Dessin conservé au centre d’archives de l’IFA, fonds Carlu n°010 Ifa, n° d’inventaire 10/33
8. Moscou, RGALI, Fonds 674 opis 3 dossier 361, Congrès de Moscou 1958, V° Congrès International de l’Union des Architectes : discours des intervenants, dont André Gutton, Karo Alabian, Nikolaï Baranov, Pierre Vago, Claude Parent, Michel Marot…
http://www.lemensuel.net/2008/03/01/quand-l’urss-fascinait-les-architectes-francais
Quelle est la vraie morale du conte du petit chaperon rouge ? C’est d’avoir été fasciné par le loup - et de l’occulter. Les architectes français ont connu un réflexe similaire devant l’œuvre de leurs confrères d’Union Soviétique(1) . Pourtant, peu ont affirmé en public leur intérêt pour ce qui se bâtissait à Moscou, Stalingrad, Odessa…
Divers préjugés ont masqué l’importance des contacts entre les deux cultures : en 1931 le concours du Palais des Soviets aurait soi-disant détourné de l’URSS les architectes européens ; le Rideau de Fer après 1945 aurait empêché les échanges, réduit l’URSS à l’autarcie culturelle.
En fait, le Palais des Soviets a intrigué les architectes du temps, de Lurçat en France à Piacentini en Italie. Malgré la guerre froide les revues françaises ont continué à écrire sur la Reconstruction des villes soviétiques. Les architectes des gratte-ciel staliniens n’ignoraient pas la modernité d’Aalto, de Van der Rohe. Parfois des artistes a priori peu acquis au communisme connaissaient bien l’étrange monumentalité néo-académique, dominante dans l’URSS de Staline. Citons le Prix de Rome Emmanuel Pontremoli invité à Moscou en 1937, l’architecte des Monuments Historiques Jean-Pierre Paquet présent en URSS en 1936, Georges-Henri Pingusson et Pierre Vago qui voyagèrent à Moscou en 1932, les urbanistes Jean Walter et Maurice Rotival, parmi d’autres(2) .
L’URSS intéressait, était même citée en exemple. Ainsi Albert Laprade écrivait en 1933 :
« Les architectes iront chercher leurs inspirations sur l’Acropole. On rivalisera entre Moscou, Berlin, Rome et Paris, d’élégance, de noblesse, de classicisme. Le mouvement est d’ailleurs amorcé en Russie depuis trois ans, en Allemagne depuis deux ans et en France depuis six mois. ((Beaux-Arts, Paris, mai 1933.)) »
Certains bâtisseurs français ont voulu promouvoir les contacts entre les deux pays. Emile Maigrot, président de la Société Centrale des Architectes, organisa en 1935 un important voyage de soviétiques à Paris, dont Viktor Vesnine, Alekseï Chtchoussev, Boris Iofan, Nikolaï Kolli, David Arkine, Andreï Burov, Karo Alabian, Aleksandr Vlassov. Tous participeront activement aux relations France-URSS. Soucieux des organisations professionnelles, Maigrot déclara à Arkine :
« Vous avez dit, mon cher confrère, qu’il n’y avait, en URSS qu’une seule organisation d’architectes. Permettez-moi de vous dire que c’est un beau rêve que nous faisons en France. Nous n’y sommes pas encore parvenus(3) . »
Trois architectes français majeurs furent directement sollicités par l’URSS : Auguste Perret, Le Corbusier, André Lurçat.
Perret et Le Corbusier proposent chacun un projet pour le Palais des Soviets en 1931. Or le travail de ces deux rivaux intéressa peu les soviétiques. Perret ne prit pas ombrage de son échec et resta en correspondance avec Alabian, l’incontournable secrétaire de l’Académie soviétique d’architecture. Le Corbusier construit à Moscou à partir de 1927 l’important immeuble du Centrosoyouz. Lurçat est le seul à s’installer en URSS, où il travaille de 1934 à 1937. Son départ est dû au chômage endémique touchant les architectes après la crise de 1929, et aussi motivé par une réelle foi communiste. Intégré dans l’atelier du constructiviste Daniil Friedmann, Lurçat participe au concours pour l’Académie des Sciences de l’URSS - qu’il perd face à Chtchoussev, le créateur du Mausolée de Lénine(4) . A Moscou Lurçat dessine des projets d’écoles ou d’immeubles d’habitation, et sa principale réalisation est le siège du Combinat des viandes. Mais, effrayé par les purges de 1937, il choisit de retourner à Paris. Lurçat resta malgré tout en contact avec Arkine, Alabian, Pavel Abrossimov. Grâce à la documentation qu’ils lui fournissent, Lurçat écrivit plusieurs articles capitaux sur l’architecture soviétique, se présentant auprès des milieux communistes français comme le porte-parole officieux de l’architecture d’URSS. Son engagement lui valut de revenir à Moscou en 1957, comme invité officiel comblé d’honneurs ((Moscou, RGALI, Fonds 674 opis 3 dossier 338, interview d’André Lurçat par Abrossimov, Moscou 1957.)) …
La guerre interrompt les contacts, mais dès la Libération les revues françaises diffusent les projets de Reconstruction que l’URSS a commencé à dresser dès 1942, sur Stalingrad, Sébastopol, Novorossik… Entre 1945 et 1949 La Construction moderne publia une dizaine d’articles sur le renouveau des villes soviétiques, spécialement Stalingrad. Membre du comité de rédaction de cette revue, Perret fut en fait l’architecte français le mieux renseigné sur le travail de ses confrères soviétiques.
La reconstruction du Havre lui permit de réaliser son goût pour les axes de compositions transversaux. Ses projets de 1931 de la Porte Maillot et du Palais des Soviets, sont ainsi adaptés dans le triangle Porte Océane/Hôtel de ville/Place Gambetta. Quant au principe des avenues scandées par de hautes tours en retrait des places, l’idée apparaît chez Donat-Alfred Agache pour sa restructuration de Rio de Janeiro en 1926. Agache visita l’URSS en 1932, et le soviétique Iouri Emelianov s’inspira de son projet brésilien pour son ensemble de l’avenue Koutouzov, réalisé à Moscou en 1937. Au Havre, Perret synthétisa les expériences de Rio et de Moscou, les adaptant à son usage du béton armé.
Pour le Monument aux Morts de 1914-1918 Perret imagina un portique enveloppant la statue subsistante et en soulignant l’élan ((Centre d’archives de l’Institut Français d’Architecture, fonds Perret frères n°175 Ifa, dossier Le Havre.)) . Ce projet inabouti révèle une proximité frappante avec le Pavillon soviétique de Iofan à l’Exposition de Paris 1937. Perret avait loué ce bâtiment comme « une vraie œuvre d’art(5) », éloge rare tant il évitait de se prononcer sur ses contemporains. Chez Iofan comme chez Perret l’architecture devient un socle pour la statuaire monumentale, les silhouettes semblant se répondre dans leur lyrisme.
A Rouen Pingusson s’inspira des études de Burov sur la préfabrication d’immeubles d’habitation de moyenne envergure. Présent en URSS en 1932 Pingusson a repris en 1945 au soviétique la sérialisation appliquée à une trame classique. A Nantes et St Nazaire Michel Roux-Spitz recréa une monumentalité traditionnelle déjà anachronique pour la France de 1950, dont le style s’avère proche des travaux contemporains de Gelfreich et Minkus en URSS. D’ailleurs l’ingénieur français Bernard Lafaille interviewa avec ferveur ces deux architectes qui érigeaient alors le superbe gratte-ciel du MID à Moscou(6) .
Le cas de Jacques Carlu est l’un des plus inattendus. Architecte du très officiel Palais de Chaillot, il n’a jamais voyagé en URSS et ne s’est jamais exprimé sur l’architecture soviétique. Il n’eut également aucun lien avec le Parti Communiste Français. Son Palais de Chaillot était apprécié en URSS : Lev Roudnev s’en inspira largement, presque jusqu’au mimétisme, dans son premier projet du Soviet de Stalingrad en 1944. La boucle des inspirations croisées fut bouclée vers 1950 lorsque Carlu s’inspira à son tour de l’architecture soviétique en dessinant une étude pour un siège de parti communiste(7) . Ce curieux projet montre des blocs de bâtiment en forme de faucille et marteau monumentaux, encadrant une colossale statue ressemblant fort à Staline…
Ici Carlu paraît nostalgique de la grandeur classique qui fut sa marque de fabrique vers 1930, esthétique que seule l’URSS perpétuait encore en 1950. Il est savoureux de voir que Carlu réalisa une dernière fois son talent pour la monumentalité épurée, non dans ce siège de parti communiste, mais en 1954-1959 dans son Palais de l’OTAN.
Enfin, au Congrès de l’UIA à Moscou en 1958 les jeunes Claude Parent et Michel Marot furent parmi les architectes qui critiquèrent le plus le néo-académisme soviétique, désavoué depuis la déstalinisation de 1956. Leurs discours(8) marquait la fin d’une esthétique, comme l’avoua Alabian lui-même, qui, après avoir été le grand prêtre du néo-académisme, en entonnait le Requiem devant la communauté internationale des architectes. Et cependant Parent et Marot éprouvaient une certaine fascination pour les gratte-ciel staliniens, parlant à leur propos de « collier de cathédrales ». Ainsi l’architecture d’URSS, décriée ou admirée sous les yeux des observateurs français, commençait déjà à devenir un mythe.
L’Institut du Patrimoine du Québec (Canada), dans le cadre de la troisième rencontre internationale des chercheurs en patrimoine tenue à l’Université de Rennes II, va prochainement publier l’article de Fabien Bellat « Place Rouge et URSS, patrimoine et propagande ».
Notes
1. Le format de cet article oblige à la concision. On trouvera un approfondissement du thème dans mon doctorat : Fabien BELLAT, France-URSS Regards sur l’architecture (1931-1958), Université de Paris X Nanterre, 2007, sous la direction de Paul-Louis Rinuy.
2. Cf. Moscou RGALI (Archives d’Etat Russes pour la Littérature et les Arts) Fonds 674 opis 2 dossier 21 : correspondances (1932-1937) de l’Académie d’Architecture Soviétique avec les architectes français.
3. In L’Architecture, Paris, décembre 1935.
4. Les projets de ce concours sont conservés à Moscou, au Musée Chtchoussev d’Architecture.
5. In La Construction moderne, 8 août 1937
6. In France-URSS, Paris, juin 1952, article « En arrivant à Moscou je me demandais : l’architecture en URSS est-elle une profession libérale » Lafaille s’inspira peut-être des travaux de Gelfreich et Minkus sur la structure métallique de la tour du MID pour ses calculs de la structure de l’unité d’habitation de Nantes de Le Corbusier…
7. Dessin conservé au centre d’archives de l’IFA, fonds Carlu n°010 Ifa, n° d’inventaire 10/33
8. Moscou, RGALI, Fonds 674 opis 3 dossier 361, Congrès de Moscou 1958, V° Congrès International de l’Union des Architectes : discours des intervenants, dont André Gutton, Karo Alabian, Nikolaï Baranov, Pierre Vago, Claude Parent, Michel Marot…

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